◀︎  Et demain

11 juin 2020

Le jour d'après - Réalité et utopie

Bernard Boyer

Et  si le jour d’après ressemblait étrangement au jour d’avant…
Souvenez-vous… (!!) Rien de plus inattendu et fulgurant qu’une météorite et pourtant l’extinction des dinosaures est arrivée longtemps après…
D’un point de vue matérialiste ou consumériste, il peut exister un jour d’après, différent du jour d’avant, comme cela peut être le cas pour les crises financières, car elles touchent aux moyens et non à la finalité.
Mais s’agissant des Hommes et de leur évolution, le chemin est long et la vitesse quasi nulle.
C’est à mon avis sur deux plans, celui de la matérialité ordinaire et celui de l’humain avec sa finalité et pourquoi pas sa finitude, que nous devons organiser notre réflexion.

Ainsi, il est normal et non critiquable que la leçon de cette pandémie ne soit, apparemment, pas entendue et comprise par la population. L’homme « commun » est, par instinct, dans la recherche immédiate de vie au quotidien et non pas dans une analyse en conscience de sa finalité. La plupart des politiques, des élites dont la noble tâche serait de trouver et tracer le bon chemin, sont dans le quotidien de la crise et, pour certains, dans les basses œuvres de l’immédiateté des plateaux de télévision avec leurs parures d’orgueil et de paraître.
Alors pour celles et ceux qui œuvrent et qui œuvreront dans le bon sens pour l’humanité, il faut travailler en profondeur en utilisant les véritables et discrets enseignements de cette pandémie pour faire avancer « modestement mais sûrement » notre modèle de « faire société ».

Un point est certain, pour qu’une bonne idée deviennent une invention, il faut qu’elle rencontre le plus grand nombre ; ainsi en a été de la première révolution industrielle boostée par le développement industriel de l’imprimerie, ainsi en est de l’informatique et des technologies grâce à l’internet et aux  réseaux sociaux qui en découlent. Voilà peut-être pourquoi la situation écologique ne débouche pas encore sur une révolution de nos modes de vie : le risque écologique ne touche et n’intéresse, pour l’instant, que peu d’individus sur la planète…

Si nous voulons être efficaces, il nous faut « profiter » de cette pandémie et de la peur engendrée sur la quasi-totalité du globe pour faire un levier de transformation utile de nos modes de vie. Soyons au rendez-vous.

A mon avis, il nous faut faire l’analyse du « mal vivre» actuel et insérer les remèdes correspondants dans une proposition d’évolution globale mais progressive. Celle-ci devra rassembler pandémie et écologie dans une seule et même cause orientée en direction du plus grand nombre, ce plus grand nombre qui a eu peur devant cette pandémie et qui a pris conscience de sa finitude.

La révolution de l’Homme heureux, en équilibre avec la faune, la flore et sa planète-support est peut-être devant nous.

A l’instar d’un jardin naturel, je vous livre quelques graines de réflexion « non travaillées ni hiérarchisées » pour éclairer la route du futur :

·  Sur le premier plan, le plus accessible. Celui du « matériel ou de l’ordinaire » et qui s’adresse à la construction des espaces de vie :

-  Il nous faut sans attendre modifier les projets pour les adapter à une cohabitation sanitaire et écologique, accélérer l’énergie propre et décarbonée, lancer une réflexion sur les espaces à vivre par exemple pour les logements avec une pièce supplémentaire ou des micro-espaces de coworking en pieds des immeubles d’habitation, proposer chaque fois que possible une architecture qui restitue des lieux extérieurs tampons « ilots écologiques protecteurs » entre le domaine public et les espaces privatifs .
-  Il nous faut retrouver de la résilience et de la robustesse (évolution ‘pratique’ des espaces de vie, évolution ‘de bon sens’ des installations techniques).

-  Considérer le télétravail comme une chance de décentralisation et d’optimisation d’utilisation des grandes infrastructures de transport.

·  Sur le plan de l’organisation de la vie en société sur une échelle temps d’une génération et sur une échelle /espace internationale ou planétaire : « tenter de dépasser l’échelle des nations, le monde entier étant concerné… »

-  Il ne faut pas travailler plus pour gagner plus, il ne faut pas travailler moins pour ne rien faire, il faut travailler « mieux » pour vivre et s’épanouir dans un collectif d’échange.

-  L’organisation mondiale en pays ou territoires au service du confort d’une autre partie de l’humanité dite développée, est bientôt dépassée. L’appauvrissement et la servitude de certains au profit d’autres ne sont plus durables. Les virus ou tous autres maux n’ont pas d’adresse, ni hiérarchie éducative et financière.

-  Si les vaccins deviennent un bien pour l’humanité, alors pourquoi pas aussi « l’argent » pour sauver notre vie sur notre planète. Peut-être une opportunité pour créer une « monnaie supranationale ou une dette non remboursable » répartie de façon équilibrée et juste entre tous les pays du monde et destinée aux investissements écologiques, à la santé, à la dépendance et à la fin de vie, à un revenu minimum et universel d’existence et de dignité. Une monnaie ou dette universelle ‘non remboursable’ au service de l’homme et de la planète. L’économie ne peut plus être un prétexte pour ne pas faire face au risque climatique et à la nécessaire dignité humaine…

-  La sur-densification de la population sur du béton, avec sa désertification consécutive des
territoires, est un véritable accélérateur en direction de notre finitude (zones rouges et vertes et on continue le Grand Paris comme un grand projet de l’Ile de France). Il nous faut faire la grande France, celle des territoires, celle de la production nationale et locale, celle d’une agriculture raisonnée, celle qui nous donnera accès à un potentiel CO2 minimum, celle qui nous redonnera un ancrage local en équilibre avec la mondialisation des idées et de la liberté.

-  La mondialisation des échanges sans pare-feu sanitaire, économique, industriel, social, et sans respect des traditions et des cultures, n’a plus d’avenir durable.

-  Allonger la durée de vie, parler de l’Homme augmenté et laisser mourir « sans dignité » nos anciens à chaque apparition d’un « petit » virus ou d’une canicule, est-ce vraiment une évolution positive de nos systèmes de vie en société ?

-  Savoir et comprendre les futures conséquences du bouleversement climatique et ne pas prévoir les grandes migrations humaines qui vont en résulter, c’est s’exposer à un risque de guerre mondiale pour simplement boire, manger et vivre.

Cultivons ensemble le jardin de l’humanité dans le respect de la planète et de la vie future, ne recherchons pas l’immortalité mais cherchons, tout simplement, à vivre en poète la vie des hommes…


Bernard Boyer, Juin 2020