Abordons la ville sans a priori, sans hiérarchie : en recensant simplement ses composants et en remontant leur généalogie, comme nous l’avons fait les années précédentes à propos des éléments de l’architecture. Ce ne sera pas un cours d’histoire de l’urbanisme mais une série d’études comparatives sur les éléments constitutifs du phénomène urbain qui se retrouvent dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations.
Nous aborderons ainsi successivement, à la manière d’un inventaire à la Prévert : la place, la rue, le pont et le quartier... La place, cette grande ouverture d’espace à travers laquelle la ville se représente face à ses habitants comme à ses visiteurs... La rue, cette faille neutre séparant des domaines privés fermés sur eux-mêmes et parfois inconciliables, un espace partagé qui cherche à devenir un espace commun ou public mais qui peut à tout moment basculer et s’affirmer comme une zone de conflit... Le pont où les rivières et les fleuves sont cadrés et mis en scène comme les éléments fondamentaux d’une nature asservie mais indomptée toujours prête à se révolter pour tout envahir, tout dévaster... Le quartier à travers lequel toutes les villes, même les immenses mégalopoles contemporaines, se mettent à l’échelle de leurs habitant les plus fragiles...
Le quartier est la première unité dans laquelle l’occupant d’une ville est plongé en immersion complète.
Avec ses rues, ses commerces, ses artisans, ses équipements, ses monuments, ses lieux de cultes, ses places... il intercède entre les êtres humains qui vivent dans son emprise et la ville qui s’étend autour d’eux et qu’ils ne peuvent jamais, quelle que soit sa taille, appréhender physiquement dans sa totalité...
Comme un arbre qui cache la forêt, le quartier peut s’affirmer telle une véritable ville dans la ville... plus calme, plus belle, plus enracinée dans une histoire fantasmée : ainsi la Nouvelle Athènes aménagée au nord de Paris au début du XIXe siècle, un milieu romantique édifié autour de l’idée d’une antiquité retrouvée...
Aménager un quartier permet aussi de jouer sur les contrastes, comme l’avait bien compris le Corbusier en confinant son Plan Voisin dans une partie du centre historique de Paris pour mieux frapper les esprits. Mais c’est aussi un laboratoire idéal pour imaginer « in vitro » de nouvelles manières de penser la ville : ainsi Christian de Portzamparc a-t-il conçu le quartier Masséna à Paris et Patrick Chavannes celui du Trapèze à Boulogne-Billancourt...
Faire quartier... une question qui reste au coeur de tout projet d’architecture même le plus modeste comme en témoigne la démarche d’Henri Ciriani et sa théorie de la « pièce urbaine » : un immeuble résidentiel capable de se constituer comme un milieu favorable au développement de ses habitants...
Une réflexion mise en pratique notamment dans l’ensemble de la Noiseraie à Marne-la-Vallée et dans l’immeuble d’angle à Saint-Denis...


