Abordons la ville sans a priori, sans hiérarchie : en recensant simplement ses composants et en remontant leur généalogie, comme nous l’avons fait les années précédentes à propos des éléments de l’architecture. Ce ne sera pas un cours d’histoire de l’urbanisme mais une série d’études comparatives sur les éléments constitutifs du phénomène urbain qui se retrouvent dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations.
Nous aborderons ainsi successivement, à la manière d’un inventaire à la Prévert : la place, la rue, le pont et le quartier... La place, cette grande ouverture d’espace à travers laquelle la ville se représente face à ses habitants comme à ses visiteurs... La rue, cette faille neutre séparant des domaines privés fermés sur eux-mêmes et parfois inconciliables, un espace partagé qui cherche à devenir un espace commun ou public mais qui peut à tout moment basculer et s’affirmer comme une zone de conflit... Le pont où les rivières et les fleuves sont cadrés et mis en scène comme les éléments fondamentaux d’une nature asservie mais indomptée toujours prête à se révolter pour tout envahir, tout dévaster... Le quartier à travers lequel toutes les villes, même les immenses mégalopoles contemporaines, se mettent à l’échelle de leurs habitant les plus fragiles...
La rue : c’est l’interstice entre les constructions privées des villes spontanées, un espace sans statut qui n’appartient à personne et dont l’utilisation doit être impérativement négociée en permanence avec le voisinage. Mais ce peut être aussi à l’inverse un espace réglementé et dessiné dans lequel la ville planifiée met au premier plan la vie sociale : un corridor à ciel ouvert pour circuler, mais aussi se rencontrer et échanger, qui peut se recouvrir et se transformer en galerie ou en passage. Dans la première catégorie, nous trouvons les rues des cités médiévales mais aussi celles des favelas contemporaines ; dans la seconde, les alignements de palais d’Unter der Linden à Berlin ou la rue de Rivoli à Paris dont les façades néo-classiques ont-été élevées pour assurer une continuité urbaine avant même d’être loties et habitées...
Pour terminer nous reviendrons sur deux questions. Comment la rue devient ville ? Question posée par les projets de villes linéaires de Soria Y Mata et des Désurbanistes Russes, mais aussi par celui d’Évry 1 porté entre autres par l’AUA et Ricardo Bofill... Comment la rue devient bâtiment ? Un thème développé par Christian de Portzamparc dans l’immeuble de la rue des Hautes-Formes à Paris...


