16 mai 2020

Immeubles à partager

Belval & Parquet Architectes

Architectes
 Résidence Lutèce 2000, Architectes : Jérôme FAU et Pierre AYEL, 1976,  Paris 11ème © Belval & Parquet Architectes

 L’expérience collective que nous vivons est l’occasion d’interroger la matière constituant le monde d’après, quand on sait que 95% du bâti parisien de 2050 est déjà construit : la transformation de l’existant est le champ d’action de la fabrication de la ville de demain.

Qualités essentielles
Le confinement révèle certaines qualités spatiales essentielles à la vie dans une métropole dense :
- les espaces extérieurs privés et partagés, quand subitement l’espace public n’est plus accessible ou restreint ;
- les typologies traversantes, quand la vue depuis la fenêtre de son appartement devient l’arrière-plan statique de son quotidien ;
- les structures essentielles et réversibles, quand les espaces doivent devenir mutables et s’adapter en très peu de temps.

Les grandes résidences privées
En regardant les immeubles de logements parisiens, on constate qu’un type d’habitat réunit ces trois qualités : les grandes résidences privées construites entre 1950 et 1980.
Constituant un patrimoine atypique et peu étudié, l’actualité est l’occasion de s’intéresser à ces grandes pièces urbaines, dont la construction a accompagné la structuration de la promotion privée et l’émergence d’architectes de talent tels que Michel Marot, Jean Ginsberg, Maurice Novarina, Jean Dubuisson,…
En effet, la redécouverte de leurs qualités peut informer la production des logements contemporains : une densité importante d’habitants associée à de grands jardins communs, des balcons filants et terrasses pour la plupart des logements, des espaces de services partagés et une structure souvent répétitive et flexible.  
Ces copropriétés rencontrent aussi les mêmes problèmes d’adaptation aux nouvelles manières d’habiter et d’adéquation aux enjeux énergétiques.
Leur remise en projet est une opportunité importante tant pour leur pérennité que pour leur contribution à la nécessaire évolution de la ville vers sa neutralité carbone. Aujourd’hui, si des aides et accompagnements ont été mis en place pour guider les copropriétaires dans la réhabilitation du bâti, ils portent principalement sur des solutions techniques et normatives d’économie d’énergie, alors que les conditions de leur remise en projet restent complexes.
La notion de partage semble être un levier possible pour leur transformation :
- Partage du sol, en expérimentant de nouvelles interfaces avec la ville ;
- Partage des ressources, en favorisant les initiatives réduisant l’empreinte carbone et par conséquence la réduction des charges ;
- Partage des usages, en imaginant la mutation de surfaces existantes en lieux communs situés entre l’espace public et le logement.

Potentiel de transformation
Paris compte 200 résidences privées de plus de 200 logements, dont 78% ont été construites entre 1950 et 1980.
Ces résidences ont un potentiel de transformation immense :
- elles abritent 70 548 logements, soit plus de 130 000 habitants, dont les modes de vie évoluent ;
- construites pour l’automobile, elles contiennent 67 517 places de parking, dont on estime à 20 %, soit 13 503 places, celles pouvant muter à court terme pour d’autres usages ;
- elles déploient environ 700 000 m² de surfaces de toitures accessibles pouvant être exploitées ;
- leurs surfaces foncières représentent 1 413 885 m2, et certaines emprises délaissées, comme les parkings extérieurs, sont susceptibles d’être construites de manière raisonnée pour accueillir des espaces complémentaires aux logements sans supprimer d’espaces verts : ateliers, espaces sportifs, espaces partagés de télétravail.

Et demain ?

L’agence Belval & Parquet Architectes mène depuis plusieurs mois une étude avec le Pavillon de l’Arsenal, sur les conditions de la remise en projets de ces immeubles, avec l’aide de l’Etude Cheuvreux et de l’APUR. Cette recherche montre que ces grandes résidences privées représentent un nouveau territoire d’action, qui, nous l’espérons, sera exploré par les copropriétaires et les acteurs de la fabrication de la ville.

Belval & Parquet Architectes, mai 2020