Université Populaire

Les éléments de l'architecture II par Richard Scoffier

1er cours Samedi 4 février 2023 de 11h Par Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine.

« Après l’escalier, l’ascenseur, le tuyau et le rideau, cette nouvelle saison de l'Université Populaire aborde la porte, la rampe, le balcon et le garde-corps... Ces éléments seront considérés comme des dispositifs orthopédiques cherchant à nous transformer, à nous éduquer. Ainsi la porte ne doit pas être comprise comme une simple découpe dans un mur mais comme un seuil qui nous prépare psychologiquement au passage d’un espace à un autre. Elle s’ouvre sans transition en jouant sur la surprise ou se développe comme une succession de séquences déterminant un parcours. De même, la rampe n’est pas une simple circulation, elle implique un mouvement presque processionnel, imprimant un rythme, une chorégraphie aux corps qui l’empruntent. Quant au balcon, il ne doit pas être appréhendé comme un simple prolongement du logement. C’est un espace autre, un lieu des possibles indispensable à la constitution de l’imaginaire d’une habitation contemporaine. Enfin le garde-corps, en empêchant les gens de tomber dans le vide et en les immunisant contre le vertige, réaffirme le caractère maternel et protecteur de toute architecture.
En parcourant des exemples puisés çà et là dans l’histoire et dans la production récente, nous verrons comment chacun de ces éléments hétérogènes cherche à se présenter comme principiel ... » - Richard Scoffier



COURS #1 : LA PORTE
Samedi 4 février 2023 de 11h à 13h

COMPLET : liste d'attente en cliquant ici

Rappelons-nous l’une des scènes les plus percutantes du film Matrix Reloaded (2003) de Lana et Lily Wachowski où le personnage principal se trouve dans un long couloir blanc (d’une administration, d’un hôpital...) scandé régulièrement de portes très rapprochées, il en ouvre une et se retrouve au milieu d’une cour d’immeuble newyorkaise que rien ne laissait présager.
Une séquence qui s’appoche au plus près de l’être de la porte : elle établit une relation entre deux mondes sans commune mesure et qui cependant ne pourraient exister sans elle.
Certaines portes nous plongent immédiatement d’un milieu à l’autre : ainsi Check Point Charlie dans le Berlin des années 1961/1989 nous faisait basculer sans transition du pays de l’abondance vers celui de la pénurie... D’autres, au contraire, définissent de véritables rituels initiatiques, et nous préparent au changement d’ambiance. Ainsi à l’hôtel Thellusson - construit en 1978 à Paris par Claude-Nicolas Ledoux  - les visiteurs, après avoir franchi un arc de triomphe et suivis une voie lancée au-dessus d’un jardin escarpé, s’engouffraient dans une caverne avant d’atteindre le vestibule qui leur permettait de monter vers les espaces de réception. Un dispositif spatial convoquant tous les sens que l’on retrouvera dans de nombreux édifices contemporains comme : à Hambourg, à l’Elbphilharmonie ; à Paris, à l’Institut du Monde Arabe, au Conservatoire National ou à l’École d’Architecture de Paris Val de Seine...


COURS #2 : LA RAMPE
Samedi 4 mars 2023 de 11h à 13h
COMPLET : liste d'attente en cliquant ici 


Sans l’effort physique que réclame l’escalier ou l’attente que nous impose souvent l’ascenseur, la rampe assure un passage d’une fluidité maximale entre des espaces placées à des hauteurs différentes. Minimisant les ruptures elle s’associe intimement au projet moderne qui milite en faveur d’un espace unifié, sans mur, ni porte et sans secret : un espace d’une fluidité absolue. Ainsi Le Corbusier l’emploie-t-il à plusieurs reprise : à la Villa Savoye à Poissy en 1931, au Centrosoyouz à Moscou en1933 ainsi qu’au Carpenter Center de l’Université de Harvard en 1963. Elle sera rapidement adoptée par les architectes brésiliens : à Rio, par Oscar Niemeyer ; à São Paulo par João Batista Villanova Artigas pour la Faculté d’Architecture (1968) et par Paulo Mendes da Rocha pour le SESC 24 di Maio (2017) : des montées processionnelles qui accordent à ces bâtiments laïques un caractère presque liturgique.
Claude Parent et Paul Virilio verront en elle dans les années 60 le moyen de dépasser certaines oppositions fondamentales : entre les constructions horizontales et verticales, entre les circulations et les pièces d’habitation... Elle leur permettra de théoriser la Fonction oblique et la Circulation habitable. Des notions radicales qui donneront lieu à des propositions utopiques et qui seront, trente ans plus tard, déradicalisées et rendues opératoires par Rem Koolhaas dans des projets très concrets:  le Kunsthal de Rotterdam (1992), l’Educatorium d’Utrecht (1995) ou le concours pour la Bibliothèque de Jussieu (1992).


COURS #3 : LE BALCON
Samedi 25 mars 2023 de 11h à 13h
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Cet appendice qui met l’alignement des façades en crise, souvent considéré comme un dépôt ou sont exilés les réfrigérateurs en panne et les vélos, revient sur le devant de la scène après la période de confinement imposée par la récente pandémie.
Il apparait comme un reliquat du jardin de la maison individuelle, du paradis perdu ou de l’habitat à l’air libre de nos ancêtres nomades du paléolithique : un espace supplémentaire indispensable au déploiement de la dimension imaginaire de toute habitation.
Son histoire est jonchée d’exemples particulièrement frappants : comme cette cour de récréation, suspendue par des haubans au bloc des salles de classes, proposée par Hannes Meyer et Hans Wittwer pour l’école Sant Pierre de Bâle en 1928. Ou ces cours fermées disposées en quinconce devant les barres d’habitations construites à Casablanca par l’ARBAT à l’issu de leurs recherche sur l’habitat collectifs des populations autochtones... Tandis que les longs plongeoirs vertigineux dessinés par MVRDV ou par Bjarke Ingels et Julien de Smets dans le Nord de l’Europe lancent leur utilisateurs dans le vide, comme dans un manège de fête foraine...
Enfin nous analyseront l’Arbre Blanc de Sou Fujimoto à Montpellier (2019) et la tour d’Édouard François à Asnières (2022) qui savent inverser la relation de sujétition du balcon à l’habitation.


COURS #4 : LE GARDE-CORPS
Samedi 15 avril 2023 de 11h à 13h
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Mais pourquoi parler du garde-corps ? Inexistant dans l’architecture antique, il est un des cauchemars de l’architecte moderne : il semble uniquement avoir été inventé pour s’interposer au jeu savant correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière. Prosaïque et trivial, il ridiculise les expressions architecturales les plus radicales en leur rappelant cruellement à la réalité fonctionnelle et règlementaire.
Nous retracerons son épopée qui a eu ses heures de gloire pendant le Maniérisme et le Baroque, quand de grands créateurs comme Michel Ange ou Carlo Maderno lui ont donné ses lettres de noblesse en inventant la balustrade et en lui accordant une certaine autonomie.
Et nous nous interrogerons sur son avenir dans la société hyper-protectrice actuelle ainsi que de sa place dans une architecture contemporaine qui revendique souvent la banalité et l’ordinaire, des valeurs prescrites par Jacques Lucan et ses émules...

Université Populaire du Pavillon de l'Arsenal

Le Pavillon de l'Arsenal invite tous les publics à venir découvrir et comprendre les fondements de l'architecture au travers de cours de cette université populaire animée par Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine.
Chaque thème, largement illustré, interpelle sans a priori les oeuvres du passé et celles du présent, compare les réflexions des grands bâtisseurs et croise les cultures pour permettre à chacun d'appréhender l'architecture et de s’en saisir.